21 mars 2006

Extrait d’un courrier d’Hubert Montagner

« Chers collègues,

Retraité depuis 2004 après avoir été Professeur des Universités, Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM à MONTPELLIER et Directeur de Recherche à l’INSERM (dernière affectation : UMR CNRS 5543, Université de BORDEAUX 2), non seulement je partage votre protestation contre l’utilisation politique de l’expertise collective de l’INSERM sur “le trouble des conduites” chez l’enfant et l’adolescent, mais je conteste aussi l’expertise elle-même" »
(…)
« C’est pourquoi, plutôt que de se focaliser sur des tableaux d’indicateurs “à priori négatifs” qui paraissent refléter à tel ou tel âge des déficits, des anomalies ou des troubles chez les enfants, alors que tout peut évoluer, il est plus pertinent de créer ou d’améliorer les conditions qui conjuguent le développement et l’environnement pour que, malgré tout, le petit de l’homme “qui va mal” puisse construire, consolider ou reconstruire sa plate-forme de développement. On peut notamment s’étonner du caractère simpliste et idéologique de l’expertise collective qui vient d’être publiée par l’INSERM sur le dépistage, la prise en charge et la prévention du "trouble des conduites” chez l’enfant et l’adolescent. Comment accorder du crédit à une expertise qui ignore les remodelages, reconstructions, refondations, ajustements et accordages qui peuvent s’installer à tout âge lorsqu’on modifie l’environnement et lorsque les partenaires changent leurs conduites, même si l’enfant ne devient pas conforme à ce qu’on attend ? Comment peut-on affirmer qu’on peut détecter dès la petite enfance les signes avant-coureurs des conduites violentes, ou considérées comme telles ? Si on entre dans la logique des experts de l’INSERM, quelles sont les études réellement longitudinales qui ont permis de suivre oncrètement d’un âge à l’autre, et dans des conditions maîtrisées, l’évolution des comportements chez les enfants considérés comme plus agressifs, agresseurs ou destructeurs que la plupart de leurs pairs, et qui auraient ainsi une plus forte probabilité de devenir violents à l’adolescence ou plus tard ? Aucune recherche ne permet de l’affirmer. »

Ce texte a été rendu public lors de la Conférence de presse qui s'est tenue aujourd'hui 21 mars 2006 à l'initiative du réseau "Pas de 0 de conduite".