À Madame la Députée…
Éducatrice spécialisée et maman de deux enfants scolarisés, je souhaite vous faire part de mes inquiétudes sur les rapports Inserm et Bénisti et le contrat de responsabilité parentale préconisé par les instances politiques actuelles. En effet, je trouve trop facile de faire reposer la « faute » de la délinquance de leurs enfants aux seuls parents parce que l’éducation est l’affaire de la société.De par ma profession, j’ai vu des jeunes déraper à l’adolescence alors que rien dans leur histoire ne le laissait présager et j’ai vu des jeunes que nous pensions sensibles poursuivre leur route sur le « droit » chemin. Comme quoi, même les « professionnels » du social peuvent se tromper. De plus, en tant que mère, j’ai deux enfants : un brun de 5 ans et demi et l’autre blond de 2 ans et 9 mois. Ils sont frères du même père. Je dis cela pour ne pas leur rajouter le paramètre de la famille divorcée, « décomposée », recomposée… C’est suffisamment compliqué comme ça ! Mon aîné a commencé sa scolarité à 2 ans et 3 mois en cassant les lunettes de l’Atsem en maternelle. Son geste était volontaire. À 5ans et demi, il dit régulièrement « Non ! » à son institutrice. Mon second a commis hier, à 14 h, son premier acte de délinquance en s’attaquant au bien d’autrui. Il a arraché méticuleusement toutes les fleurs en pot de mon voisin de pallier alors qu’il sait pertinemment que c’est interdit.
Par ailleurs, je tiens à préciser que mes deux enfants sont scolarisés dans une école où l’on parle aussi le patois du Sud, appelé langue occitane, celle de leur père. Seul point qui me rassure : je me sens moins coupable car, moi leur mère, je ne leur parle que le patois de France !
Je compte sur votre savoir rigoureux et scientifique pour faire le diagnostic : mes deux enfants sont-ils de futurs délinquants et le patois du Sud est-il le fautif ? Et comme vous affirmez que tout se joue avant trois ans, il ne me reste que peu de temps pour sauver mon second. Quant au premier vous pouvez déjà lui réserver une maison à 500 km de chez nous.
Merci par avance pour notre famille, et tous les autres parents qui vont se reconnaître, de vous intéresser autant à l’éducation de nos enfant.
Ceci étant, il me revient en mémoire cette question issue de mes cours de l’institut du Travail social : Aimons-nous la jeunesse ? Nos enfants ? Nos jeunes ? Cette jeunesse, qu’est ce qu’elle nous renvoie, à nous adultes, pour que l’on veille tant la bâillonner, l’étouffer afin de ne plus entendre son cri ? L’adolescence est une période de fragilité et de crise à laquelle vient s’en ajouter d’autres : économiques, politiques… La jeunesse est le révélateur de ce mal être, de ce mal de vivre… Qui en est responsable ? Seulement les parents ?
Je vous remercie par avance de l’attention que vous porterez…
Line Coignon
Dans les Pyrénées


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